L’Espagne n’a encore rien voté, mais l’idée suffit déjà à mettre tout le secteur sur le qui-vive. Une proposition portée à Madrid veut pousser la fiscalité crypto dans la tranche la plus lourde du pays.
Et franchement, on sent que quelque chose se tend avant même le premier vote. Le reste du monde, lui, semble choisir une autre direction.
Sumar durcit le ton et personne ne sait où cela mène
La proposition de Sumar veut faire basculer les gains crypto dans la base générale de l’impôt sur le revenu. Ce simple mouvement ferait grimper la taxation maximale jusqu’à 47 %. Et cela changerait tout. Les gains ne seraient plus traités comme de l’épargne financière, mais comme des revenus ordinaires, au même titre qu’un salaire. Une rupture nette. Et surtout un message assez clair. La crypto devient une source de recettes fiscales bien avant d’être considérée comme un secteur d’innovation.
L’idée ne s’arrête pas là. Les députés veulent aussi que toutes les cryptomonnaies soient officiellement saisissables. Même celles qui ne peuvent pas l’être techniquement. C’est là que commencent les incohérences. Une cryptomonnaie conservée en autocustodie n’est pas accessible par une administration. Pas plus qu’un billet rangé dans une poche.
À côté de cela, un feu tricolore de risque serait imposé aux plateformes destinées aux investisseurs espagnols. Du vert au rouge, un système pensé pour avertir, mais qui finit plutôt par classer la crypto comme un produit suspect par défaut. En clair, un cadre qui construit davantage d’inquiétude que de confiance. On a beau tourner la question dans tous les sens. Rien n’indique que cette direction rende le marché plus sûr. Elle le rend seulement plus lourd.
Plusieurs fiscalistes espagnols préviennent déjà que ce durcissement aura un effet boomerang. Quand Bitcoin reprendra de la hauteur, les détenteurs se poseront une seule question. Rester ou partir. Et quand un choix fiscal devient un choix géographique, c’est rarement bon signe pour un pays.
Une autre ligne existe et elle vient pourtant de l’intérieur
Pendant que Sumar propose de frapper large, deux inspecteurs de Hacienda défendent une lecture beaucoup plus fine. Pour eux, Bitcoin n’est pas une cryptomonnaie parmi d’autres. C’est un actif monétaire, résistant, neutre, universel. Les autres cryptos relèvent plus de projets technologiques. Certaines servent de carburant à des plateformes. D’autres sont purement spéculatives. Les traiter comme un bloc homogène n’a pas de sens. Et cela crée des distorsions.
Ils recommandent donc un régime spécial volontaire uniquement pour Bitcoin. Avec plusieurs poches distinctes. Une pour l’épargne à long terme, une pour le trading et une pour l’usage quotidien. Dans chaque poche, les gains seraient calculés avec un FIFO ou un prix moyen interne. Un système qui reflète la réalité. Une personne peut acheter un bitcoin pour le garder et un autre pour le dépenser. Les deux ne devraient pas être taxés comme si c’était la même opération.
Cette approche évite aussi la situation absurde où une dépense quotidienne en bitcoin serait taxée selon le prix d’achat de la toute première unité détenue il y a des années.
Le monde avance dans l’autre sens
Dans le même temps, plusieurs pays bougent avec une logique inverse. Le Japon, longtemps connu pour une taxation lourde, prépare une refonte qui ramènerait l’imposition des gains crypto vers un niveau bien plus raisonnable. Certains États européens encouragent le long terme avec des exonérations au bout d’un an. D’autres pays misent ouvertement sur l’attraction du capital en optant pour une fiscalité zéro. Une stratégie assumée. Et pour l’instant, elle fonctionne.
Partout, on sent une tendance. La compétition fiscale s’accélère. Les investisseurs choisissent facilement une nouvelle résidence quand les règles deviennent trop lourdes. La crypto rend ce mouvement presque instantané. Et dans ce contexte, l’Espagne teste une direction que peu de pays osent prendre.
Une zone d’incertitude que Madrid devra trancher
Pour tout dire, rien n’est encore arrêté. Le pays peut encore réajuster. Les débats internes le montrent. Une ligne punitive. Une ligne pragmatique. Deux visions qui s’affrontent. L’avenir dira laquelle triomphera.
Et dans un marché où la mobilité est totale, chaque détail compte. Pour l’instant, on avance à vue. Mais un pays ne peut pas se permettre longtemps de brouiller son propre horizon.
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