Un souffle, enfin. Dans l’univers du minage, c’est rare. La difficulté du réseau Bitcoin vient de baisser un peu, assez pour que les mineurs respirent. Quelques jours d’oxygène, rien de plus.
Car dans le fond, le hashrate grimpe toujours, presque au sommet. La prochaine hausse de difficulté est déjà en marche. Autant dire que le répit sera court. Très court.
Le paradoxe du minage plus facile
Le Bitcoin tourne autour de 110 000 dollars ce 20 octobre 2025, après une semaine où il a flirté avec les 107 000. Un petit rebond, mais rien d’euphorique. Pendant que les traders cherchent des signaux sur les chandelles, les mineurs, eux, jouent une autre partie, bien plus rugueuse.
La difficulté du réseau se trouve autour de 146,7 trillions, en baisse d’environ 2,7 % depuis le pic précédent. Mais déjà, les projections parlent d’un retour vers 156 T d’ici la fin du mois, au moment du prochain ajustement attendu vers le 29 octobre. En clair, miner est un peu plus simple aujourd’hui, mais la fenêtre se referme vite.
Le hashrate navigue entre 1,0 et 1,1 ZH/s après un pic à 1,2 ZH/s fin septembre. Les fermes tournent à fond, les machines ronronnent, et l’algorithme, implacable, prépare sa correction. Bitcoin n’accorde jamais de pause. Chaque deux semaines, tout se réajuste. Toujours.
Cette respiration du réseau cache en réalité une tension permanente. Depuis le halving d’avril 2024, la récompense n’est plus que de 3,125 BTC. Les marges s’effritent, les coûts explosent, et le moindre soubresaut du marché ou de l’électricité peut ruiner un calcul. Bref, ce moment facile n’a rien d’un cadeau.
Source : Coinwarz
Les machines de la survie
En 2025, miner sans matériel de pointe, c’est courir à sa perte. Les Bitmain S21 Hyd et S21 XP descendent à environ 12 à 16 joules par terahash. Les WhatsMiner M60 et M66 tournent entre 17 et 20 J/TH. Les vieilles générations, elles, dépassent souvent les 30, parfois 40. Et à ces niveaux, l’écart devient un gouffre.
Cette course à l’efficacité accélère la sélection naturelle. Les mieux armés modernisent, les autres s’essoufflent. Beaucoup vendent leurs machines ou changent carrément de voie, vers l’IA, le calcul distribué, le cloud HPC. Le minage devient une affaire d’industriels, plus vraiment d’artisans. Quelques géants cotés en bourse concentrent déjà l’essentiel du hashrate mondial.
Et la carte du minage bouge, elle aussi. Le Paraguay attire des capitaux grâce à son énergie hydroélectrique, même si les tarifs montent et que les autorités serrent la vis contre les sites illégaux. Le Texas garde son rôle central, mais la pression énergétique s’intensifie. L’Éthiopie, elle, vient de suspendre les nouveaux permis et parle d’un retrait progressif pour protéger son réseau.
À l’inverse, Oman et El Salvador misent sur le vert. Ce dernier aurait déjà produit plus de 470 BTC grâce à sa géothermie volcanique. Chaque hausse de la difficulté raconte en fait une histoire énergétique. Derrière chaque bloc, il y a une bataille entre coûts, rendement et souveraineté.
Une industrie en mutation permanente
Sous le protocole, il y a la guerre économique. Le hashprice oscille entre 47 et 51 dollars par petahash et par jour. C’est bas, comparé aux sommets de 2021. Chaque kilowatt pèse. Chaque ajustement de difficulté peut décider du sort d’une ferme.
Alors les stratégies changent. Certaines entreprises louent leurs infrastructures à des acteurs de l’IA ou à des projets scientifiques. D’autres se branchent sur des réseaux renouvelables, avec une activité qui s’adapte aux flux d’énergie. Le minage passif n’existe plus. Il faut être technicien, logisticien et ingénieur tout à la fois.
Ce contexte renforce la sécurité du réseau Bitcoin, paradoxalement. Plus de puissance, moins de vulnérabilité. Mais cette solidité a un coût colossal, à la fois économique et écologique. Les mineurs les plus efficaces survivront, les autres plieront. Bitcoin, lui, continuera à avancer, indifférent aux faillites autour de lui.
Ce qui se joue vraiment
Cette baisse de difficulté n’est qu’une parenthèse. Ce qui compte, c’est l’adaptation. Le minage entre dans une phase où technologie, énergie et géopolitique se mélangent. Le prix du BTC ne montre qu’une surface. Derrière, c’est une mécanique implacable, un test permanent de résilience.
Le prochain ajustement, attendu fin octobre, dira tout. Si le Bitcoin continue de grimper, la difficulté suivra. Si le prix reste stable, certains acteurs disparaîtront dans le silence.
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