Un clavier, une idée, et soudain un mandat. Depuis août, la DeFi vit un cauchemar. Roman Storm, cofondateur d’un protocole non-custodial, a été reconnu coupable d’avoir opéré une entreprise de transmission de fonds sans licence. Le code qu’il avait publié, censé être libre et décentralisé, s’est retrouvé au cœur d’un procès historique.
Depuis, un doute plane. Si écrire du code open-source peut mener devant un juge, où s’arrête la liberté de coder ?
Quand coder devient suspect
Aux États-Unis, la frontière entre innovation et infraction s’est soudain brouillée. Le DOJ a estimé que Tornado Cash facilitait la transmission de valeur, même sans garde des fonds. Le jury du district sud de New York a retenu un seul chef, celui de participation à une entreprise de transfert non autorisée. Les deux autres, liés au blanchiment et aux sanctions, n’ont pas abouti.
Depuis, la défense a déposé une motion d’acquittement en expliquant qu’un code open-source ne transmet rien. Le gouvernement doit y répondre avant la fin octobre et la peine n’est toujours pas prononcée. La perspective d’un nouveau procès sur les chefs non tranchés reste suspendue.
Un haut responsable du DOJ a pourtant tenté de rassurer en affirmant que coder n’était pas un crime sans intention frauduleuse. Contradiction totale. Si écrire du code est légal, pourquoi un développeur open-source se retrouve-t-il condamné pour ce que d’autres font avec son protocole ? Sur X, Roman Storm a relancé la question en demandant comment un dev peut être sûr de ne pas être accusé d’agir comme une entreprise financière. S’il l’a été, qui est encore à l’abri ?
Just a question for current DeFi devs:
How can you be so sure you won’t be charged by the DOJ as an MSB – for building a non-custodial protocol – and then accused you should’ve built it custodial instead?
If SDNY can charge a dev for building a non-custodial protocol…
who’s…— Roman Storm 🇺🇸 🌪️ (@rstormsf) October 18, 2025
La peur s’installe dans la DeFi
Depuis ce verdict, plusieurs équipes DeFi américaines ont suspendu leurs déploiements. Des avocats parlent d’un “chilling effect”, cette peur glaciale qui pousse à retarder les lancements. Des fonds ont gelé leurs investissements dans les projets open-source américains, jugeant le risque juridique trop grand.
Les DAOs sont, elles aussi, concernées. Si un simple contributeur peut être visé, qu’en est-il des gouvernances collectives ? Faut-il ajouter une couche légale, ou au contraire se disperser davantage pour échapper à la responsabilité ?
L’administration jure ne pas vouloir freiner l’innovation, mais le message est clair. Participer à un protocole DeFi pourrait suffire à être traité comme opérateur non licencié. Dans un climat de surveillance accrue, l’effet paralysant est immédiat. Quelques élus ont proposé un Clarity Act pour distinguer le code de l’exploitation commerciale, sans qu’aucune loi n’ait encore abouti.
🚨 Tornado Cash update: Roman Storm filed a motion for acquittal against the conviction for "conspiracy to operate an unlicensed money transmitter."
His strong arguments:
1. Code is speech – protected by 1A
2. Tornado Cash was non-custodial and not a Money Transmitter
3. The… pic.twitter.com/wn4ikfxUJ5— Sasha Hodder (@sashahodler) October 2, 2025
L’innovation à quitte ou double
Pendant que Washington hésite, l’Europe avance prudemment. MiCA encadre les prestataires crypto mais reste flou sur la DeFi pure. L’ESMA poursuit ses consultations, la Commission prépare son rapport sur les protocoles décentralisés, mais rien n’assure une immunité pour les développeurs. Même sur le vieux continent, le risque juridique n’est pas nul. Réglementer sans éteindre reste un numéro d’équilibriste.
Le cas Roman Storm marque un tournant. Pour la première fois, un tribunal a jugé un développeur non-custodial coupable d’avoir opéré un service qu’il n’administrait pas. Une frontière vient de bouger, entre le code et l’action.
La DeFi pensait être insaisissable. Elle découvre la peur. Certains parlent de maturation, d’autres de gel. Peut-être que les prochains protocoles naîtront ailleurs, loin des tribunaux américains.
Finalement, un sentiment persiste dans les labs et les forums. Coder n’a jamais semblé aussi risqué. Et pourtant, sans ces codeurs, il n’y aurait pas de blockchain. Rien n’est simple. Et rien n’est joué.
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