Le Luxembourg est devenu le premier pays de la zone euro à se lancer dans le Bitcoin par l’intermédiaire de son fonds souverain. Cet investissement de 7,45 millions d’euros, représente 1 % du portefeuille du fonds de souveraineté du pays qui va au-delà d’une simple stratégie de diversification. En effet, il s’agit ici d’une prise de position sur l’avenir de la finance de demain à l’aube d’une incertitude mondiale.
Le ministre des Finances, Gilles Roth, a officialisé l’annonce lors de Bitcoin Amsterdam 2025, un discours impensable il y a encore quelques années.
Une couverture face à l’avenir incertain
La décision du Luxembourg d’investir dans le Bitcoin témoigne d’une réponse réfléchie face à la situation économique qui dépasse largement les frontières du Grand-Duché.Le ministre luxembourgeois explique :
Bien que la politique d’investissement du fonds autorise une allocation à tout actif cryptographique, il a choisi d’investir uniquement dans le Bitcoin. Et parce que, comme l’a dit un jour Michael Saylor, il n’y a pas de deuxième choix et nous nous inscrivons dans une perspective de long terme.
BREAKING: Luxembourg’s finance minister says other European countries are now considering buying Bitcoin.
“As Michael Saylor says… there is no 2nd best.” 💯 pic.twitter.com/IoYhXaIvBr
— Simply Bitcoin (@SimplyBitcoin) November 13, 2025
Face à une telle inflation mondiale et à un doute persistant concernant la stabilité des monnaies fiduciaires, les fonds souverains sont confrontés à un défi de taille. Bob Kieffer, directeur du Trésor, a salué la la décision du Luxembourg :
Reconnaissant la maturité croissante de cette nouvelle classe d’actifs et soulignant le leadership du Luxembourg dans la finance numérique, cet investissement s’inscrit dans le cadre de la nouvelle politique d’investissement du FSIL, approuvée par le gouvernement en juillet 2025.
Le Bitcoin, avec son offre fixe de 21 millions de tokens et sa politique monétaire transparente, offre une protection contre la dépréciation de la monnaie et de l’inflation. Cependant le Luxembourg investit avec prudence. En effet, plutôt que de détenir directement du Bitcoin, le FSIL (Fonds souverain intergénérationnel du Luxembourg) investit par le biais des ETF comme toute structure institutionnelle en somme. Cette approche respecte ainsi le cadre réglementaire de MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation) concernant les cryptomonnaies en Europe.
Une révolution politique en cours
L’allocation de 7,45 millions d’euros en Bitcoin témoigne d’une nouvelle stratégie de gestion du patrimoine luxembourgeois. En effet, en juillet dernier, le gouvernement a approuvé une nouvelle politique d’investissement définissant la composition du portefeuille du fonds. Ainsi, la part des obligations a chuté de 57 % à 32 %, l’exposition aux actions a progressé de 40 % à 50 %, et une nouvelle catégorie a vu le jour, à savoir les investissements alternatifs, plafonnés à 15 % du total du portefeuille. Ce plafond de 15 % pour les investissements alternatifs englobe le capital-investissement, l’immobilier et les cryptos.
Cette restructuration s’inscrit dans l’ambition grandissante du Luxembourg. Pour rappel, la plus grande plateforme d’échange de crypto en Europe, Bitstamp a été réglementée par l’expertise luxembourgeoise.
Coinbase y a son siège européen, ainsi que des dizaines d’autres entreprises spécialisées dans ce secteur. Ce n’est pas pour rien que le Luxembourg gère plus de 7 600 milliards d’euros d’actifs d’investissement dans le monde. Le pays est le deuxième centre mondial de fonds alternatifs après les États-Unis. Le ministre des Finances, M. Roth, a présenté cette allocation dans ce contexte :
Il ne s’agissait pas d’un effet de mode, mais de créer un pont entre le code et le capital.
Le pays ne se laisse pas entraîner par des tendances spéculatives, mais construit une infrastructure institutionnelle qui façonnera la finance numérique européenne pour les décennies à venir.
Les conséquences en Europe d’une telle décision
Face à une telle décision, il est normal de se demander si cela incitera d’autres fonds souverains à suivre l’exemple luxembourgeois. Le fonds souverain norvégien, doté de 1 900 milliards de dollars, détiendrait indirectement du Bitcoin via des actions d’entreprises, tandis que la République tchèque et la Finlande ont manifesté leur intérêt pour des stratégies similaires.
À mesure que les cadres réglementaires se consolident grâce à la mise en œuvre de MiCA, les doutes quant à l’adoption du bitcoin se dissipent. Le ministre des Finances, M. Roth, affirme :
Le Bitcoin fera sans aucun doute partie intégrante de l’avenir de la finance.
L’adoption du Bitcoin par le Luxembourg marque un cap symbolique dans l’adoption institutionnelle en Europe. Cette décision témoigne d’une reconnaissance de l’évolution des systèmes monétaires, et du fait qu’une faible allocation à un actif non corrélé et à offre limitée peut légitimement servir de couverture pour les fonds publics.
Alors que d’autres pays de la zone euro et fonds souverains évaluent inévitablement des stratégies similaires, la décision du Luxembourg pourrait marquer un tournant décisif, faisant passer le Bitcoin du statut d’actif marginal à celui de composante standard des portefeuilles institutionnels.
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