Lorsque le géant énergétique français EDF a annoncé en août dernier la vente de sa filiale Exaion à la société américaine de minage de bitcoins Marathon Digital Holdings (MARA) pour 168 millions de dollars, l’opération semblait de prime abord une simple transaction commerciale. Pourtant, elle a déclenché une véritable tempête politique en France.

La polémique autour de la filiale met en lumière une question fondamentale pour la France. Le pays restera-t-il acteur de la révolution numérique ou une nouvelle fois spectateur ?

Sous pression américaine, la France vacille

Exaion spécialisée dans le cloud, la blockchain et l’intelligence artificielle a un accès privilégié aux énergies renouvelables les plus abondantes d’Europe, une position rare en France. La polémique apparaît lorsqu’une clause de non-concurrence est révélée au grand public concernant le rachat de celle-ci. L’accord de MARA stipulerait une interdiction à EDF d’entreprendre toute activité liée aux technologies émergentes pendant au moins 2 ans, une restriction qui va bien au-delà de la simple vente d’Exaion. Une source au sein du groupe EDF a alors signalé :

On ne signe pas un tel accord à ce prix-là quand il s’agit de souveraineté et d’électricité stratégique. Le marché mondial du calcul haute performance représente des milliards, et nous le bloquons pendant deux ans pour 20 millions d’euros nets ? C’est absurde.

Cette condition met clairement des bâtons dans les roues des ambitions de la France d’investir dans les nouvelles technologies comme l’IA et le minage de Bitcoin.

Racheter Exaion serait un coup de maître pour l’entreprise américaine MARA qui a pour ambition de s’implanter sur le marché européen. La structure de l’entreprise reflète une stratégie offensive dans un contexte extrêmement compétitif concernant la course à l’IA.

L’intérêt américain est multiple ici. Dans un premier temps, Exaion offre un accès direct à l’électricité issu du nucléaire français, un atout sans égal pour toute entreprise ayant besoin d’une puissance énergétique importante. Dans un second temps, ce rachat servirait à MARA de se diversifier dans l’IA, le cloud et la recherche quantique, bien au-delà de ce que l’entreprise propose aujourd’hui.

Pour les acteurs du secteur, cet accord est scandaleux représentant un enjeu beaucoup plus inquiétant, à savoir la perte d’une infrastructure stratégique dans les nouvelles technologiques en faveur d’une multinationale américaine.

Ainsi, le ministère de l’Économie a lancé un examen approfondi de la transaction, reconnaissant la sensibilité d’Exaion, dont l’actif touche aux infrastructures énergétiques, à l’intelligence artificielle et à la technologie blockchain.

La contre offensive des entrepreneurs français

Face à la menace américaine que représente MARA, une coalition d’entrepreneurs spécialisés dans la blockchain et autres figures connues dans l’industrie s’est rapidement mobilisée. FlexGrid, menée d’une main de fer par Sébastien Gouspillou, spécialiste dans le minage du Bitcoin, a soumis à EDF en début de mois une contre offre pour garder Exaion à la souveraineté de la France.

La proposition de FlexGrid restructure en profondeur la relation entre Exaion et EDF, en supprimant la clause de non-concurrence des deux ans. Le groupe propose ainsi de maintenir Exaion sous gouvernance française tout en faisant du minage du Bitcoin, souvent mal perçu par les politiques, non pas une activité secondaire, mais un levier stratégique. Ainsi le minage du Bitcoin pourrait transformer les surplus d’électricité en atout pour le pays.

L’initiative de FlexGrid présente ainsi un ambitieux plan d’investissement de 150 millions d’euros pour le développement des infrastructures en France. Point d’importance capitale, la contre-offre française préserverait ainsi l’autonomie du groupe EDF pour mener à bien des projets parallèles dans le cloud, l’intelligence artificielle et autres domaines du secteur, préservant ainsi l’indépendance du pays.

Cette bataille pour la souveraineté reflète cependant des tensions au sein du paysage technologique français. En effet, le Premier ministre Sébastien Lecornu, avait qualifié l’opération de MARA, comme un moyen de financer le développement technologique de la France. Il déclare alors :

Un des gros problèmes de l’Europe et de la France, c’est le manque de disponibilité de ces capitaux qui créent donc des vulnérabilités, et qui font que les capitaux étrangers, tantôt chinois, tantôt du Golfe, tantôt américains, peuvent venir au secours de certaines de nos entreprises.

Les prochaines semaines nous diront si la France parviendra à résister à l’envahisseur américain ou si une fois de plus, elle prendra un nouveau train de retard sur les technologies émergentes.


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Nicolas Dubet
Concepteur Rédacteur Crypto / Web3

Rédacteur crypto basé à Paris, spécialisé dans l’analyse de marché, la DeFi et les tendances Web3. Ex‑Coinhouse et cofondateur d’un perp DEX, j’allie rigueur éditoriale et recherche approfondie pour produire des articles clairs et sourcés. Lire la suite

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