Gary Gensler n’est plus à la tête de la SEC, mais il parle toujours comme si son mandat n’était jamais vraiment terminé. Dans une interview accordée à Bloomberg, l’ancien régulateur a remis une couche sur le risque des cryptos, en traçant une frontière très nette : d’un côté Bitcoin, de l’autre « des milliers de jetons hautement spéculatifs ».
Bitcoin à part, le reste du marché dans le viseur
Il reconnaît à demi-mot que Bitcoin ressemble davantage à une matière première qu’à une action classique. Pas de promesse de dividende, pas de flux de trésorerie traditionnels, mais une forme d’actif que le marché traite déjà comme une réserve de valeur ou un « or numérique ».
En revanche, pour le reste du marché, son discours est beaucoup plus tranchant : il demande aux investisseurs de se poser une question simple mais brutale : qu’est-ce qui soutient réellement ces tokens, en dehors d’un récit et de la spéculation ? Gensler insiste sur le fait que la fascination mondiale pour les cryptos ne crée pas automatiquement des fondamentaux.
Gary Gensler made a rare media appearance today.
The same man who blocked spot ETFs for years is now explaining why Bitcoin is "highly speculative."
The riskiest thing retail investors did was listen to him. pic.twitter.com/hNJp2rPwMa
— Perception 🌐 (@BTCPerception) December 2, 2025
Pour lui, une grande partie des altcoins restent des paris sur des projets sans modèle économique clair, ni protection suffisante pour le grand public.
Un héritage de répression qui pèse encore
Entre avril 2021 et janvier 2025, période durant laquelle il dirigeait la SEC, Gensler a incarné la ligne la plus dure jamais vue à Washington contre l’industrie crypto. Sous sa direction, l’agence a multiplié les procédures contre les plateformes et les offres de services jugées illégales. Coinbase s’est retrouvée accusée d’opérer comme bourse, broker et chambre de compensation non enregistrés, en plus d’un programme de staking vu comme une offre de titres.
Kraken a dû, lui, fermer son service de staking aux États-Unis et payer une amende de 30 millions de dollars. Son interprétation dominante était simple : la plupart des tokens entraient dans la catégorie des « securities » et auraient dû faire l’objet d’un enregistrement, avec prospectus, transparence sur l’équipe, les finances, les risques.
Une vision que l’industrie a vécue comme une tentative de forcer un modèle financier hérité du XXᵉ siècle sur une infrastructure née délibérément en dehors de ce cadre. Le résultat, c’est que même après son départ, la jurisprudence, les procès en cours et l’attitude prudente des grandes institutions restent marqués par son passage.
Quand Gensler répète aujourd’hui que la majorité des altcoins sont « hautement spéculatifs », il ne fait pas que commenter le marché : il rappelle aussi la grille de lecture qui continue d’orienter les régulateurs et les juges.
Crypto, politique… ou simple question de fair-play ?
L’interview glisse forcément vers la question politique. Entre un président américain dont la famille multiplie les projets crypto, des ETF validés à la chaîne et un discours public de plus en plus polarisé, difficile de ne pas voir la crypto comme un sujet partisan. Gensler, lui, refuse ce cadrage.
Il rejette l’idée d’un dossier « pro » ou « anti » crypto en fonction des camps politiques et parle plutôt de « règles de bon sens » pour les marchés de capitaux. Quand vous achetez une action ou une obligation, rappelle-t-il, vous bénéficiez d’un socle d’informations standardisé, d’un minimum d’égalité de traitement entre petits porteurs et grands fonds.
Selon lui, laisser des émetteurs de tokens lever des centaines de millions sans cette transparence reviendrait à casser ce principe d’équité qui fait tenir la confiance dans les marchés américains. Sous-entendu : ce n’est pas une croisade idéologique, mais une bataille pour maintenir les mêmes règles du jeu, que l’actif s’appelle Apple, un ETF ou un token à la mode.
🚨GENSLER: ONLY BITCOIN ISN’T HIGH-RISK
Former SEC Chair Gary Gensler told Bloomberg that all cryptocurrencies except #Bitcoin are high-risk, speculative assets with little fundamental support. pic.twitter.com/bHzAo8xdP1
— Coin Bureau (@coinbureau) December 3, 2025
L’industrie, elle, voit plutôt un double standard : d’un côté, Bitcoin progressivement « blanchi » via les ETF, de l’autre, des altcoins bloqués dans une zone grise, parfois réprimés, rarement accompagnés.
ETF, centralisation et avenir des altcoins
Aujourd’hui, alors que les ETF spot sur Bitcoin et Ether drainent des milliards, sa manière de séparer Bitcoin du reste du marché prend une dimension très concrète. BTC peut être empaqueté, listé, distribué dans des véhicules réglementés.
La plupart des autres tokens, eux, restent coincés à l’extérieur, considérés comme trop proches de titres non enregistrés ou trop pauvres en fondamentaux pour justifier une exposition institutionnelle de masse. Son message final ne change pas : Bitcoin est dans une catégorie à part, à la limite entre matière première numérique et actif spéculatif, tandis que la majorité des altcoins restent, selon lui, un champ de mines où l’investisseur doit assumer un risque extrême.
Que l’on partage ou non son analyse, une chose est difficile à nier : même en dehors de la SEC, Gensler continue d’influencer la manière dont les comités de risques, les avocats et les allocateurs jugent la frontière entre « Bitcoin » et « le reste de la crypto ».
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