Il suffit de regarder ce million de bitcoins figé depuis quinze ans pour ressentir un drôle de vertige. Ce trésor immobile, posé quelque part entre les premiers blocs et la légende, finit par attirer des regards qu’on n’imaginait pas en 2009. On ne va pas se mentir, si un sujet réveille les cryptographes aujourd’hui, c’est bien la fragilité potentielle de ces vieilles adresses laissées à découvert.
Satoshi n’a pas seulement disparu. Il a aussi laissé des clés publiques visibles. Pour l’instant, tout dort. Mais avec l’arrivée du quantique, la vulnérabilité n’a plus rien d’abstrait.
Pendant longtemps, le quantique relevait presque de la science-fiction. Puis les prototypes ont pris de l’ampleur, les roadmaps se sont raccourcies, et plusieurs chercheurs ont commencé à qualifier les anciennes adresses Bitcoin de futur terrain de chasse. Satoshi a utilisé ce qui existait en 2009. Seulement, le monde n’est plus du tout le même.
Les premières adresses de Bitcoin sont à nu
Le cœur du problème est simple. Les adresses modernes masquent la clé publique tant qu’on ne dépense pas les fonds. Les premières adresses P2PK, elles, exposaient directement la clé au réseau. À l’époque, cela ne posait aucune menace. Personne n’imaginait que des machines pourraient un jour lire ces clés comme des plans d’attaque.
Un ordinateur classique ne peut toujours rien en faire. L’ECDSA tient bon, et aucune brute force ne peut s’en approcher. Mais un ordinateur quantique, lui, ne brute-force pas. Il calcule. Une clé publique exposée devient alors un point d’entrée, une pièce du puzzle déjà posée. Et Satoshi en a laissé des centaines.
Shor transforme une menace lointaine en calcul réalisable
Lorsque l’on regarde Shor, le débat s’éclaire instantanément. Cet algorithme est conçu pour casser exactement le type de maths qui protège Bitcoin. Il exploite la structure interne de la courbe elliptique et inverse le processus qui transforme une clé privée en clé publique. Ce que les machines classiques ne savent pas faire.
Pour casser ECDSA, il faudrait environ 2300 qubits logiques. Pour obtenir ce nombre, il faut assembler des centaines de milliers de qubits physiques dans un système corrigé d’erreurs. Ce qui mène aux fameuses machines millionnaires en qubits. Et le plus surprenant, c’est que ce n’est plus un horizon lointain. Quantinuum, Rigetti, IBM ou Google dévoilent des progrès constants. Certains laboratoires annoncent déjà des architectures dépassant le millier de qubits physiques. Et comme toujours, la vraie course, celle des États, reste invisible.
Des millions de bitcoins déjà sous surveillance
En 2025, une analyse de la Human Rights Foundation a révélé plus de six millions de bitcoins vulnérables en cas d’ordinateur quantique fonctionnel. Ce n’est pas seulement dû à P2PK. Dans les premières années, beaucoup d’utilisateurs réutilisaient leurs adresses, exposant définitivement leur clé publique après une dépense.
Une grande partie de ces coins est considérée comme perdue. Ceux attribués à Satoshi en font partie. Pourtant, cela ne les protège pas. Si une entité atteignait le Q Day en secret, déplacer ne serait-ce qu’un seul coin provenant d’une adresse de Satoshi suffirait à provoquer un séisme. Le marché comprendrait immédiatement que Bitcoin n’est plus inviolable.
À côté de ces fonds probablement immobiles, plusieurs millions de bitcoins appartiennent encore à des utilisateurs capables d’agir. Ils pourraient migrer vers des adresses post quantiques si Bitcoin en proposait. Mais comme toujours, la transition demande du temps, et nul ne sait combien il en reste.
Le passage au quantique, un chantier silencieux
Le monde technologique se prépare déjà au post quantique. Les standards MLDSA ont été validés, OpenSSH a adopté des schémas hybrides, Cloudflare protège une grande partie de son trafic en PQC. L’écosystème bouge.
Pour Bitcoin, l’option la plus crédible serait une mise à jour introduisant de nouvelles adresses résistantes. Une migration volontaire, progressive, similaire à celle de SegWit. Mais aucune garantie que cette préparation suffira. Et chaque fois que quelqu’un explore ces anciennes adresses P2PK, une question persiste.
Combien de temps avant qu’un laboratoire silencieux ne teste pour la première fois la solidité réelle du million de bitcoins de Satoshi.
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