Il y a des affaires qui avancent en grondant, lentement, presque à contretemps du monde. Celle autour de Chen Zhi vient d’ajouter un nouveau chapitre. D’un côté, les 127 000 bitcoins saisis dans ce qui reste l’une des plus grandes prises crypto de l’histoire. De l’autre, une bataille judiciaire qui s’ouvre à Singapour, où l’entourage du magnat tente désormais d’obtenir un accès partiel à des millions gelés depuis plusieurs semaines.
Et quelque chose se dessine derrière cette double tension, un moment où l’économie numérique, la régulation et la politique se croisent sans vraiment le vouloir. On ne va pas tourner autour du pot, cette évolution change la lecture du dossier.
L’empire Prince face à un mur financier mondial
Depuis octobre, l’étau se resserre autour de Chen Zhi, figure centrale du Prince Group. Les autorités américaines l’ont inculpé pour fraude et blanchiment, puis ont confirmé la saisie de 127 000 bitcoins, un volume si colossal qu’il a obligé tout le secteur à réévaluer son échelle de grandeur.
Cette saisie a fait basculer l’affaire dans une autre dimension, en particulier après les interrogations venues de Chine sur l’origine réelle de ces fonds. Au fond, tout cela a replacé Chen Zhi au centre d’un jeu beaucoup plus large que celui de ses entreprises.
Pendant ce temps, Singapour avançait sur sa propre ligne. Fin octobre, la cité État a gelé environ 150 millions en actifs liés au Prince Group, incluant des propriétés, des voitures et plusieurs comptes bancaires. Rien de très spectaculaire en apparence, sauf que cette décision a mis une pression directe sur le fonctionnement de plusieurs entités du groupe, compliquant leur capacité à opérer normalement. Et là, on comprend pourquoi l’étape suivante était presque inévitable.
The Singapore family office of alleged scam kingpin Chen Zhi and three companies linked to him are seeking access to funds that were frozen by the city-state’s authorities last month https://t.co/J9HeEFl6O2
— Bloomberg (@business) November 13, 2025
La demande qui change la dynamique
Ces derniers jours, les avocats d’entités liées à Chen Zhi ont déposé une requête formelle auprès de la justice singapourienne. Ils souhaitent obtenir l’autorisation d’accéder à une portion des fonds gelés, uniquement pour payer les salaires, les frais juridiques et certaines dépenses opérationnelles. Ce n’est pas anodin. Cela montre que la pression financière n’est plus seulement une abstraction judiciaire, mais une contrainte immédiate pour les employés du groupe.
Les représentants affirment même que cette situation crée un climat de difficultés pour les familles concernées, et qu’un accès strictement limité aux fonds permettrait d’éviter l’asphyxie interne. En parallèle, ils assurent respecter les démarches des autorités et maintenir un ton prudent face à l’enquête, conscients que Singapour ne cède jamais facilement sur ce terrain.
Il y a dans cette demande une forme de fragilité que le groupe n’avait encore jamais montrée. Une brèche, peut-être, dans une façade longtemps conçue comme lisse et imprenable.
Une affaire qui dépasse la finance
En pratique, la décision de Singapour sera observée de très près. Elle ne dira pas seulement si les entreprises liées à Chen Zhi peuvent continuer à fonctionner, elle donnera aussi une indication sur la manière dont les juridictions gèrent les frictions entre sanctions internationales, enquêtes multi-pays et protection des personnes directement salariées.
Dans le même temps, l’ombre des 127 000 bitcoins plane toujours, surtout après les réactions venues de Pékin. Cette coïncidence entre deux dossiers distincts, mais entremêlés, ajoute une tension singulière au paysage.
À côté de ça, cette affaire remet en lumière un autre débat. Celui de la souveraineté numérique dans un monde où les actifs crypto circulent plus vite que les cadres juridiques capables de les encadrer. Quand une enquête américaine entraîne des saisies à l’autre bout de l’Asie, quand un litige chinois réapparaît en pleine procédure singapourienne, on voit clairement que les délimitations nationales n’arrêtent plus grand-chose. Et dans cette histoire, chaque épisode semble mettre en évidence un nouvel angle mort.
Un dossier qui ne veut pas s’éteindre
Singapour doit maintenant trancher, et ce choix pèsera plus lourd qu’il n’y paraît. Une autorisation partielle serait un signal d’ouverture, un refus maintiendrait la pression totale sur un empire déjà secoué de toutes parts.
Pour l’instant, rien ne dit comment le pays décidera. On peut aimer ou pas la tournure de cette saga, mais elle avance avec une densité rare, presque comme si chaque scène en préparait une autre. Finalement, rien n’est joué.
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