Il y a des histoires de hack qu’on oublie vite. Et puis il y a celles qui refont surface comme un fantôme numérique. Plus de 127 000 BTC, disparus en 2020 du pool minier chinois LuBian, viennent de réapparaître dans un dossier judiciaire américain.
Problème, Pékin affirme que Washington n’a pas seulement saisi ces bitcoins, mais les aurait volés via une opération d’État maquillée. Ce qui ressemblait à un simple cold case crypto devient une bataille diplomatique à plusieurs milliards.
Le mystère LuBian refait surface
Décembre 2020. Le réseau chinois LuBian, l’un des pools de minage Bitcoin les plus puissants du moment, signale un vol. Plus de 127 000 BTC envolés, soit plus de trois milliards de dollars à l’époque. L’affaire tombe dans l’oubli, les fonds restent figés, aucune trace du hacker.
Et soudain, quatre ans plus tard, en juin et juillet 2024, d’importants mouvements apparaissent sur la blockchain. L’essentiel des bitcoins est transféré vers des adresses identifiées comme appartenant au gouvernement américain.
Ce transfert, repéré par la plateforme Arkham, intrigue la communauté. Puis, en octobre 2025, le Département de la Justice américain annonce la plus grande confiscation de l’histoire… D’une valeur de 14,5 milliards $. L’argent appartiendrait à Chen Zhi, fondateur du Prince Group, un conglomérat chinois visé par une enquête pour blanchiment, rien d’anormal en apparence. Sauf que la Chine découvre que les États-Unis détenaient déjà les fonds depuis des mois, sans jamais expliquer comment ils avaient obtenu l’accès.
Pékin dénonce un vol sous drapeau américain
Le CVERC, l’agence nationale chinoise de cybersécurité, a publié un rapport explosif. Selon elle, la prise de contrôle des portefeuilles LuBian par les autorités américaines n’a rien d’un hasard. Le document décrit une opération étatique minutieuse, menée avec des outils de piratage sophistiqués et une coordination impossible pour des acteurs privés.
Les analystes chinois s’appuient sur un détail frappant. Pendant quatre ans, les bitcoins volés n’ont jamais bougé. Aucune tentative de blanchiment, aucune trace sur les exchanges. Une inactivité incompatible avec la psychologie d’un hacker classique, selon le rapport. En clair, quelqu’un attendait le bon moment pour agir.
Chen Zhi, désespéré, aurait même envoyé des centaines de messages OP_RETURN sur la blockchain pour supplier le hacker de rendre les fonds. Aucun retour et pendant ce temps, à Washington, le DOJ prépare tranquillement son dossier de confiscation.
BREAKING: 🇨🇳🇺🇸 China has accused the U.S. of stealing 127K BTC worth $13 billion, hacked from a Chinese mining pool in 2020. pic.twitter.com/KVljEd5Oa6
— Ash Crypto (@AshCrypto) November 11, 2025
Entre code et politique, la ligne devient floue
Des experts indépendants rejettent toutefois la thèse d’un vol étatique. Certains penchent pour une faille cryptographique, un bug dans la génération de clés privées qui aurait permis à n’importe quel acteur, y compris les autorités, d’accéder aux portefeuilles. Mais pour Pékin, impossible de croire à un simple hasard.
Ce conflit tombe au pire moment. Les États-Unis et la Chine s’affrontent déjà sur tous les fronts, des semi-conducteurs à l’intelligence artificielle, en passant par la cybersécurité et désormais le Bitcoin. L’affaire LuBian devient un symbole. Le jour où la neutralité supposée de la blockchain s’est retrouvée happée par la politique mondiale.
Lors d’une interview récente, Donald Trump s’est vanté que les États-Unis sont loin devant la Chine en matière de crypto. La phrase semble anodine, mais elle résonne étrangement dans ce contexte.
Le scandale qui pourrait tout changer
L’affaire dépasse le simple cadre judiciaire. Elle questionne la souveraineté même des actifs numériques. Si un État peut récupérer ou détourner des fonds étrangers sur la blockchain… Alors la promesse d’un système sans frontières s’effrite. Certains analystes redoutent qu’on entre dans une nouvelle ère. Celle des blocs crypto alignés sur les blocs politiques, où chaque zone d’influence protège ses propres chaînes et ses trésors numériques.
Pour d’autres, c’est un avertissement salutaire, la décentralisation absolue reste un mythe, même le Bitcoin, symbole de liberté, peut se retrouver coincé entre deux puissances.
Pour l’instant, les 127 000 BTC dorment toujours, Pékin exige des explications, Washington garde le silence. Le reste du monde regarde. Et chacun se demande si la guerre du Bitcoin n’a pas déjà commencé.
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