L’Italie s’est imposée comme un véritable soutien concernant le projet d’euro numérique de la Banque centrale européenne, cependant son appui reste conditionnel notamment en termes financiers. Les banques italiennes sont d’accord avec le projet de la BCE mais exigent une approche progressive et raisonnable quant à sa mise en œuvre pour ne pas mettre en danger les finances du pays. Explications.
Le soutien conditionnel de l’Italie
L’Association bancaire italienne (ABI) a exprimé son soutien à l’euro numérique l’a qualifiant de pilier stratégique quant à l’indépendance numérique de l’Europe. Marco Elio Rottigni, directeur général de l’ABI, a d’ailleurs souligné cette dimension comme étant stratégique :
Nous sommes favorables à l’euro numérique car il incarne le concept de souveraineté numérique.
Cette position témoigne de la reconnaissance de l’Italie du fait que ce projet représente bien plus qu’une simple mise à jour technologique. En effet, il s’agit d’un impératif géopolitique visant à réduire la dépendance européenne vis-à-vis des prestataires de services de paiement non européens déjà existant comme par exemple les stablecoins adossés au dollars.
Le soutien italien arrive à pic car la BCE a décidé la semaine dernière de rentrer dans sa deuxième phase du projet après deux ans de préparation intensive. Elle a pour objectif d’une première émission de l’euro numérique courant 2029.
Malgré cette avancée, l’Italie évoque une certaine réticence notamment au niveau du coût du projet. Rottigni a clairement indiqué que :
Les coûts du projet, bien que très élevés au regard des dépenses d’investissement que les banques doivent supporter, pourraient être étalés dans le temps.
L’ABI estime en effet, que cette mise en œuvre coûterait la somme de 880 millions d’euros tandis que la BCE prévoit un coût total de développement compris entre 4 et 5,8 milliards d’euros pour l’ensemble du secteur bancaire de l’Union Européenne.
La double approche italienne
La préoccupation de l’Italie liée aux coûts de déploiement de l’euro numérique est justifiable. Selon une étude, les coûts de mise en œuvre coûteraient 110 millions d’euros par banque et pourraient atteindre la somme colossale de 18 milliards d’euros à l’échelle de l’Europe. Ces chiffres expliquent pourquoi l’Italie se veut prudente.
D’ailleurs, au-delà des coûts du projet, l’Italie propose une innovation pour l’accélération du projet que Rottigni qualifie de double approche. Il explique :
Nous sommes favorables à une approche duale, une monnaie numérique de banque centrale et des monnaies numériques de banque commerciale, qui pourraient se développer plus rapidement, car l’Europe ne doit surtout pas prendre de retard.
Avec cette proposition, l’Italie a pris conscience de la présence de la concurrence, notamment des Etats-Unis qui viennent d’adopter le GENIUS Act. Cette approche permettrait de préserver la compétitivité européenne pendant que la BCE peaufine les aspects techniques et législatifs du projet.
Surmonter les défis pour bâtir l’avenir
La voie que prendra la BCE pour son projet est semé d’embûches et implique de concilier plusieurs aspects parfois contradictoires. Pour éviter un retrait massif des banques traditionnelles vers l’euro numérique, elle aimerait instaurer dans un premier temps un plafond de 4 000 € par ménage.
La protection de la vie privée est un autre détail important du projet. Christine Lagarde, présidente de la BCE décrit l’euro numérique comme « un symbole de confiance en notre destin commun » soulignant que celui-ci a pour but de compléter et non de remplacer la monnaie fiduciaire.
La BCE s’est engagée par ailleurs à concevoir l’euro numérique en intégrant respectant la confidentialité dès sa conception, notamment grâce à une fonctionnalité de paiement hors ligne garantissant un anonymat comparable à celui des paiements en espèces, les informations de paiement n’étant connues que du payeur et du bénéficiaire, de quoi rassurer les sceptiques.
I welcome the strong statement from EU leaders at last night’s #EUCO on:
🇪🇺Strengthening the euro’s international role
🇪🇺Completing the banking union and deepening integration in capital markets
🇪🇺Completing legislative work and accelerating preparations on the digital euro pic.twitter.com/EelA8ZU7JV
— Christine Lagarde (@Lagarde) October 24, 2025
Le parlement européen a cependant complexifié la situation. Le député Navarrete a plaidé pour un allégement du projet privilégiant les paiements par des acteurs déjà existants comme Wero, une fintech soutenue par 14 banques européennes.
Quoi qu’il en soit, un sentiment d’urgence et de complexité règne en Europe en matière de monnaie numérique. Le projet de la BCE est attendu au tournant dans les prochains mois, notamment sur l’aspect d’un cadre réglementaire qui est nécessaire pour l’année 2026.
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