Il y a des peurs tenaces dès que le cycle se retourne: la dette, la baisse de la perf, l’idée d’une vente forcée de bitcoins pour boucher des trous. Le nom de Strategy revient souvent dans ces scénarios-catastrophe. Sauf que la mécanique réelle de son bilan, couplée à la façon dont le marché valorise l’action, raconte autre chose.
On peut secouer la courbe, oui. L’obliger à liquider son trésor? Toutefois, beaucoup moins probable. Et c’est précisément ce qu’expliquent les analystes qui suivent la société de près, avec un raisonnement qui tient autant à la structure de la dette qu’aux équilibres entre action, cash et BTC.
La thèse de Woo, en clair: la dette n’impose pas de vente de BTC
Willy Woo a remis l’église au milieu du village : pour que Strategy doive liquider du bitcoin lors du prochain vrai marché baissier, il faudrait un scénario exceptionnellement long et dur. Son argumentation part d’un point simple. La dette clé est composée de notes convertibles.
À l’échéance, la société peut régler en cash, en actions, ou en panaché. Autrement dit, le calendrier financier ne dicte pas mécaniquement une vente de BTC. Il dépend d’un seuil de prix sur l’action qui, s’il est tenu, rend la conversion en equity plus naturelle que le débouclement de la réserve.
MSTR liquidation in the next bear market? I doubt it,
Here's their debt, the date the debt is due and the price MSTR stock needs to exceed to prevent partial liquidation of their BTC treasury to pay the debt. Equivalent BTC price assumes mNAV 1.0 pic.twitter.com/AzVgecI7i2
— Willy Woo (@woonomic) November 4, 2025
Ce rappel paraît trivial, mais il change la perspective. On ne parle plus d’un mur de remboursement qui force un « margin call » sur le bilan. On parle d’un jeu de bascule entre valeur d’entreprise, prix de l’action et niveau du bitcoin.
En effet, si l’action se traite assez haut au moment critique, la pression de vendre des BTC s’évapore. C’est moins spectaculaire qu’un scénario de capitulation, mais c’est ce que le contrat permet.
Ce que disent les chiffres quand on les met dans le bon ordre
Strategy détient environ 641 205 BTC. Ce n’est pas un coussin anecdotique.
Dans les phases de stress, ce matelas comptable permet d’absorber des à-coups sans courir après des dollars de trésorerie au pire moment. L’important n’est pas de savoir si le marché peut forcer une mèche sous 100 000$. L’important est de savoir si la trajectoire moyenne d’ici l’échéance laisse l’action au-dessus de la zone qui déclenche des conversions confortables.
Néanmoins, si oui, la tentation de vendre des BTC reste faible. Et si l’action s’écarte de ce corridor? Il existe des leviers classiques côté equity pour réancrer la trajectoire sans toucher à la réserve.
Le pire cas? Très long, très pénible… et encore discutable
L’objection raisonnable existe. D’ailleurs, elle vient d’analystes pro-bitcoin eux-mêmes: si la prochaine phase baissière s’étire, si le cycle 2028 déçoit, une liquidation partielle pourrait redevenir un outil de gestion. Là encore, il faut qualifier.
Partielle. Conditionnée à une absence de reprise assez longue pour user la fenêtre de conversion. On est loin du film où l’intégralité du trésor part en fumée pour honorer une dette.
Would be one hell of a sustained bear market to see any liquidation for Strategy.
Bitcoin would have to perform horribly.
— The ₿itcoin Therapist (@TheBTCTherapist) November 4, 2025
Ce type de scénario suppose une double peine: une action dégradée au mauvais moment et un bitcoin incapable de ré-accrocher des paliers pourtant situés sous ses sommets récents. Est-ce impossible? Non.
Est-ce la trajectoire de base? Cependant, pas vraiment. D’autant que l’entreprise a montré qu’elle savait gérer son pas d’achat, ralentir quand la volatilité explose, accélérer quand la liquidité revient, et parler au marché actions pour garder le couplage action/BTC dans une zone exploitable.
Pourquoi le récit de la « vente forcée » s’obstine… et pourquoi il vieillit mal
La fiction de la liquidation attire toujours. Elle est simple à raconter, elle coche toutes les cases émotionnelles, elle colle aux souvenirs des chutes passées. Mais elle sous-estime la réalité contemporaine de Strategy.
La bonne question n’est pas « vont-ils vendre à la prochaine vague? ». Finalement, la bonne question est « le couple prix de l’action/prix du BTC sera-t-il suffisant pour actionner la conversion sans toucher au trésor? ». Si le marché retrouve un plancher durable au-dessus de 91 502$ d’ici 2027, la réponse penche du côté du oui.
En somme, en bref, survivre à un bear market ne veut pas dire l’ignorer. Cela veut dire l’absorber sans renier la thèse. Strategy a bâti son dispositif pour ça.
Le marché pourra toujours tester les nerfs, secouer l’action, dérouler des semaines de peur. Mais forcer une liquidation de BTC? Il faudra plus qu’une tempête passagère. Il faudra le temps contre soi, longtemps.
Et si l’histoire crypto nous a appris une chose, c’est qu’elle se joue souvent entre deux horloges: celle de la volatilité qui crie, et celle des structures qui tiennent.
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