Vendre de l’Ether pendant qu’il grimpe, il fallait oser. C’est pourtant le choix d’ETHZilla, l’une des sociétés les plus exposées à Ethereum, qui vient d’écouler environ 40 M$ de son stock pour racheter ses propres actions. Le symbole est fort. Quand l’actif s’envole, la boîte vend. Et pas pour rien.
La vente qui surprend tout le monde
Tout s’est joué en fin de semaine. Le 24 octobre, ETHZilla a vendu près de 40 millions $ d’Ether autour des 3 900 $, avant d’annoncer lundi avoir déjà dépensé environ 12 millions $ pour racheter près de 600 000 actions. Le conseil d’administration avait validé un programme massif de 250 millions $ de buyback. Une manœuvre défensive face à une décote qui atteignait encore 30 % sous la valeur de ses avoirs.
L’entreprise garde approximativement 102 000 ETH dans ses coffres, soit près de 400 millions $ aux cours actuels. Mais cette fois, la direction a choisi d’en céder une partie pour restaurer la confiance du marché. Autrement dit, défendre le cours avant que les vendeurs à découvert ne s’y installent durablement. L’action a bondi de 14,5 % dans la journée, puis encore de 12 % après la séance. De quoi calmer, pour un temps, le doute ambiant.
Franchement, le timing n’est pas idéal. L’Ether a ensuite grimpé jusqu’à 4 250 $. Mais le geste, lui, a marqué. ETHZilla assume de vendre un peu de crypto pour se racheter elle-même. Une sorte de burn inversé où le token qu’on retire du marché, c’est l’action.
🚨 Ethzilla just broke a core DAT principle: sell tokens.
$40M share buyback funded by ETH sales. mNAV: 0.75 | Stock: +14% AHAccretive on paper & the market loves it. Will the silent pact hold? #ETHZ pic.twitter.com/SSSHHlLgM9
— Artemis (@artemis) October 27, 2025
Un miroir du malaise des trésoreries crypto
ETHZilla n’est pas seule. D’autres valeurs du thème digital asset treasury subissent le même paradoxe. Leurs actions valent moins que les cryptos qu’elles détiennent. Le marché ne croit plus aux coffres pleins. Il veut du rendement, de la rotation, du concret.
Le principe du discount to NAV, lui, est simple. Quand la capitalisation boursière tombe sous la valeur des actifs détenus, le marché signale une perte de confiance. ETHZilla, en vendant une partie de ses jetons pour réduire le nombre d’actions en circulation, cherche à effacer cet écart. Moins d’actions, même volume d’actifs, la valeur par titre remonte mécaniquement.
C’est presque ironique. Dans l’univers crypto, brûler des tokens crée de la rareté. Sur les marchés classiques, racheter ses actions, c’est la même mécanique. Sauf qu’ici, la rareté se paie en Ether.
Ethereum, entre foi et pragmatisme
On ne va pas se mentir, la stratégie choque les puristes. Vendre de l’ETH pour soutenir une action cotée, c’est trahir un peu l’esprit hodl. Et pourtant, sur le papier, c’est cohérent. L’entreprise garde une réserve massive qu’elle fait travailler via du restaking et des protocoles de rendement. La vente des 40 M$ n’est qu’un ajustement. Une respiration.
Et puis, il y a la réalité. ETHZilla a perdu près de 90 % depuis son pic d’août. Le marché sanctionne vite les ambitions trop crypto-centrées. Vendre au bon moment pour survivre, ce n’est pas une trahison, c’est de la gestion. Comme le dit un trader, ETHZilla ne joue pas contre Ethereum, elle joue contre-la-montre.
Ce paradoxe illustre un tournant. Même les sociétés les plus ancrées dans la blockchain doivent composer avec les réflexes de la finance traditionnelle. La décentralisation, c’est beau. Mais la solvabilité, c’est vital.
Une foi qui se rachète
En vérité, ETHZilla vient peut-être d’inaugurer une nouvelle ère. Celle où vendre de l’Ether ne signifie plus renoncer à Ethereum. Juste s’accorder une marge pour durer. Vendre pour mieux se racheter, la formule sonne presque biblique.
Et après ? Si le titre reste sous pression malgré les rachats, la société devra puiser encore dans ses coffres. Si le marché se reprend, elle aura sacrifié une petite part d’or numérique pour sauver sa peau. Dans les deux cas, une chose est sûre. La foi crypto coûte parfois un peu de liquidité.
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