À New York, les avocats de Do Kwon expliquent au juge qu’une peine de cinq ans suffirait. À Séoul, des procureurs préparent en effet un dossier qui pourrait lui en coûter quarante. Même affaire, mêmes faits, mais deux systèmes judiciaires qui ne parlent clairement pas la même langue pénale.
Cinq ans aux États-Unis, ou douze au maximum
Dans un mémoire déposé mercredi, la défense de Do Kwon demande au tribunal fédéral de Manhattan de plafonner sa peine à cinq ans de prison pour son rôle dans l’implosion de l’écosystème Terra en 2022, catastrophe qui a effacé environ 40 milliards de dollars du marché crypto. Kwon a plaidé coupable en août à deux chefs d’inculpation: fraude électronique et complot en vue de commettre une fraude, après son extradition du Monténégro.
🚨 Something strange is unfolding in the LUNA/UST saga
Do Kwon is now asking a US judge to bring his sentence down to just 5 years, a sharp contrast to the up to 40 years South Korean prosecutors are pushing for.
Two courts, two timelines, one man at the center of a global… pic.twitter.com/eVAeMBoYgx
— Nueng Handsome (@nuenghandsome) November 27, 2025
Ses avocats martèlent qu’il a déjà passé près de trois ans derrière les barreaux, dont plus de la moitié dans des conditions qualifiées de « brutales » au Monténégro, et qu’il a payé un prix personnel et financier très lourd. L’accord avec le parquet prévoit en effet que les procureurs américains ne demanderont pas plus de douze ans. La défense, elle, considère que tout ce qui dépasse cinq ans serait « largement plus sévère que nécessaire » pour rendre justice.
Kwon a en parallèle accepté de renoncer à plus de 19 millions de dollars et à plusieurs biens immobiliers. La sentence doit par ailleurs être prononcée le 11 décembre par le juge Paul Engelmayer. Le ministère public déposera sa propre recommandation dans les prochains jours.
Quarante ans en Corée du Sud pour les mêmes dégâts
Pour Kwon, la sortie de prison américaine ne signera pourtant pas la fin de l’histoire. Une fois le procès aux États-Unis bouclé, il est attendu en Corée du Sud, où les procureurs préparent un volet pénal distinct lié au même effondrement de Terra et de son stablecoin UST. Là-bas, le ton est bien plus dur.
Les autorités sud-coréennes évoquent des réquisitions pouvant aller jusqu’à quarante ans d’incarcération.
De la cavale au banc des accusés
Entre ces deux horizons de peine, il y a eu une longue période de flou. Après le crash de 2022, le fondateur de Terraform Labs a disparu des radars pendant des mois. Ses mouvements restaient spéculatifs jusqu’à son arrestation au Monténégro, intercepté avec de faux documents de voyage.
Les autorités monténégrines l’ont condamné à quatre mois de prison. Pendant ce laps de temps, Washington et Séoul se sont livrés à une bataille plus feutrée, mais bien réelle, autour de la question clé: qui aura la main sur le procès. Les recours et retournements devant les juridictions locales ont retardé son extradition, symbole assez précis du casse-tête de la justice quand un projet crypto s’effondre à l’échelle mondiale.
NEW: Terra founder Do Kwon and his legal team ask for no more than 5 years in US prison before he's sent to South Korea to face justice there
Kwon opens his submission with an apology:
"I am deeply sorry for letting down the many users … who put their faith in me." pic.twitter.com/x73tqu58D5
— Coinage ♻️ (@coinage_media) November 27, 2025
Kwon, SBF et la nouvelle carte pénale de la crypto
Do Kwon n’est pas le seul fondateur à découvrir que l’ère « move fast and break things » se termine sur une cellule. En 2024, Sam Bankman-Fried, ex-CEO de FTX, a été condamné à vingt-cinq ans de prison aux États-Unis. Il tente désormais de faire annuler sa condamnation en appel, ses avocats assurant que le jury n’a jamais pu examiner des éléments montrant, selon eux, que FTX était encore solvable.
Ces deux trajectoires n’ont pas grand-chose en commun en termes de produits ou de montages, mais elles redessinent la carte mentale du risque pour les fondateurs et dirigeants de plateformes. Là où beaucoup raisonnaient encore en amendes et interdictions d’exercer, les procureurs parlent maintenant spontanément en décennies.
Un cas d’école pour la justice transfrontalière
Le dossier Kwon pose une question gênante que le marché préfère souvent éviter: combien « vaut » pénalement un effondrement de 40 milliards réparti sur des centaines de milliers d’investisseurs disséminés dans plusieurs juridictions. Les Américains négocient autour d’une fourchette de cinq à douze ans et de confiscations financières.
Les Sud-Coréens envisagent un quantum qui ressemble à une peine de grand banditisme. Entre les deux, un pays tiers, le Monténégro, s’est retrouvé temporairement avec un fondateur crypto très recherché dans ses prisons sur un simple dossier de faux papiers.
Cette asymétrie va au-delà de la personne de Do Kwon. Elle montre à quel point la justice pénale n’est pas calibrée de la même façon face à la finance numérique. Un même white paper peut conduire à un accord de plaidoyer négocié d’un côté de la planète et à des réquisitions quasi exemplaires de l’autre.
Un avertissement pour les prochains cycles
Au fond, la demande de Kwon pour une peine maximale de cinq ans n’est pas seulement une stratégie de défense. C’est aussi une manière de fixer un précédent: jusqu’où un tribunal américain est prêt à aller pour sanctionner la combinaison d’innovations mal encadrées, de marketing agressif et de gestion catastrophique du risque qui a mené à Terra.
La suite sera scrutée bien au-delà de la communauté Luna et UST.
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