Les stablecoins ont pris le contrôle sans que personne ne s’en rende compte. Pour la banque centrale sud africaine, le signal d’alarme ne vient plus seulement de Bitcoin ou d’Ether. Le dernier rapport de stabilité financière insiste sur autre chose : en l’espace de deux ans, les stablecoins adossés au dollar sont devenus le point de passage obligé de la plupart des échanges crypto locaux.

Les stablecoins ont pris le contrôle sans que personne ne s’en rende compte

Là où les traders utilisaient surtout BTC ou d’autres actifs volatils comme paire principale jusqu’en 2022, les plateformes sud africaines voient désormais l’essentiel de leurs volumes se faire contre des stablecoins indexés sur l’USD. Moins de volatilité, plus de confort pour les utilisateurs, mais un effet collatéral évident pour la South African Reserve Bank : ces jetons numériques fonctionnent comme des comptes en dollars accessibles via une simple appli, en dehors des circuits bancaires classiques.

Une « nouvelle vulnérabilité » pour la stabilité financière

C’est dans ce contexte que la SARB, dans son rapport de stabilité financière 2025, classe pour la première fois « crypto actifs et stablecoins » parmi les risques liés à l’innovation financière. Le ton n’est pas alarmiste, mais il est clair : tant que le cadre reste incomplet, ces instruments peuvent devenir un point faible du système.

Le document rappelle que la nature entièrement numérique et donc transfrontalière des crypto actifs permet de contourner les règles de contrôle des changes qui encadrent les entrées et sorties de capitaux du pays. Pour un État qui surveille de près ces flux, voir une part croissante de la valeur migrer sur des rails difficilement contrôlables devient un sujet de stabilité macro, pas seulement un débat technologique.

Un cadre réglementaire en retard sur l’usage réel

Le problème, pour la banque centrale, n’est pas seulement la popularité des cryptos. C’est le décalage entre cette adoption et l’état du droit. L’Afrique du Sud ne dispose d’aucun cadre dédié aux stablecoins dits « globaux » et seulement de règles partielles pour les crypto actifs en général.

La SARB reprend ce constat et prévient qu’en l’absence de véritable architecture réglementaire, des risques peuvent s’accumuler sans être vus, puis apparaître brutalement. Ce n’est pas la première fois que l’institution se montre prudente : dès 2017, un vice gouverneur estimait déjà qu’une monnaie numérique émise par la banque centrale serait trop risquée. La différence, aujourd’hui, c’est l’échelle d’utilisation.

Le gouvernement, lui, a déjà ouvert la porte aux acteurs crypto

Pendant que la banque centrale appuie sur le frein, d’autres autorités ont déjà mis un pied sur l’accélérateur. En 2022, la Financial Sector Conduct Authority a classé les cryptomonnaies comme « produits financiers », ce qui a permis d’accorder des licences à des entreprises du secteur et de les faire rentrer dans le périmètre des règles classiques de protection des investisseurs et de conformité.

Résultat : le pays se retrouve avec un paysage à deux niveaux. D’un côté, les plateformes enregistrées qui tentent de jouer le jeu et de se conformer aux exigences. De l’autre, une banque centrale qui rappelle que, vue du sommet du système financier, l’effet combiné d’une adoption de masse et d’un encadrement encore parcellaire reste une source de fragilité potentielle.

Des millions d’utilisateurs, plus d’un milliard en garde, et un débat qui commence à peine

Derrière ces discussions techniques, la réalité chiffrée est déjà là. Selon le rapport de la SARB, les trois plus grandes plateformes crypto du pays cumulaient 7,8 millions de comptes enregistrés en juillet. À la fin de 2024, environ 1,5 milliard de dollars y étaient conservés sous forme de crypto actifs.

Officiellement, la banque centrale ne parle donc pas d’un risque systémique immédiat. Elle décrit plutôt une trajectoire potentiellement problématique sans structure. Adoption massive, montée des stablecoins indexés sur le dollar, contrôle des changes plus faciles à contourner, cadre encore incomplet : tous ces éléments finissent par se croiser.

Comme ailleurs, la question n’est plus de savoir si les Sud Africains utilisent les cryptos, mais si l’État sera capable de les intégrer à son architecture financière sans étouffer l’innovation ni laisser un risque invisible grossir en marge du système.


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Martin Pelletier
Martin Pelletier
Journaliste Expert en Web3

Journaliste et analyste spécialisé dans les crypto-monnaies et la blockchain, Martin Pelletier explore les dynamiques du Web3 et des nouvelles technologies financières depuis 2019. Fort d’une expérience dans la finance traditionnelle, il s’est tourné vers le monde des actifs numériques... Lire la suite

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