Kalshi serait en pourparlers pour lever de nouveaux capitaux sur la base d’une valorisation de 40 milliards de dollars, selon un rapport du Financial Times. Ce montant doublerait presque le prix de 22 milliards de dollars fixé lors de son tour de table de série F en mai 2026, seulement quelques semaines auparavant.
Ce chiffre de 40 milliards de dollars est près de trois fois supérieur aux 15 milliards de dollars visés par son rival Polymarket. Cette situation soulève une question centrale : une valorisation multipliée par 20 en douze mois mérite un examen plus approfondi qu’un simple communiqué de presse de financement habituel.
La surveillance réglementaire constante des marchés de prédiction domine les débats autour de l’introduction en bourse (IPO) de Kalshi. Tant que cette situation ne sera pas résolue, il est peu probable que la société devienne publique.
Qu’est-ce que Kalshi et pourquoi sa structure est-elle cruciale ?
Kalshi n’est ni une plateforme d’échange de cryptomonnaies, ni un site de paris sportifs. Il s’agit d’une bourse de contrats d’événements régulée au niveau fédéral, opérant sous la supervision de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) des États-Unis.
Imaginez une bourse de valeurs, mais au lieu d’acheter des actions Apple, les utilisateurs échangent des contrats binaires sur la probabilité de résultats réels : une hausse des taux par la Réserve fédérale, la victoire d’un parti à un siège au Sénat ou la progression d’une équipe dans un tournoi.
Cette licence de la CFTC constitue l’atout structurel qui distingue Kalshi de Polymarket. Ce dernier repose sur une infrastructure blockchain, règle les positions en cryptomonnaies et opère sans l’approbation réglementaire américaine.
Si Polymarket est plus rapide et accessible à l’international, il ne peut pas s’adresser de manière crédible aux allocateurs institutionnels qui exigent des contreparties régulées. Ce fossé de crédibilité explique directement l’écart de 25 milliards de dollars entre les objectifs de levée de fonds des deux entreprises.
Les cofondateurs Tarek Mansour, ancien trader chez Citadel Securities, et Luana Lopes Lara, spécialiste en finance quantitative et ancienne camarade au MIT, ont lancé Kalshi en 2018 en misant précisément sur ce positionnement réglementaire.
⚡️ @Kalshi is negotiating a funding round at ~$40bn, per the FT, nearly double the $22bn valuation it secured in May.
— Sandmark (@sandmark_news) June 25, 2026
CEO Tarek Mansour also said an IPO conversation at the company's scale is inevitable, though he ruled out a debut this year.
Le 24 juin, Mansour a confirmé sur CNBC que Kalshi étudiait une éventuelle IPO, tout en précisant qu’une cotation publique était peu probable avant 2027. Les spéculations sur l’entrée en bourse de Kalshi circulaient depuis le début de l’année, mais il s’agissait de la première confirmation officielle du PDG.
Chiffres de croissance et catalyseur de la Coupe du Monde
Le volume de transactions mensuel sur la plateforme de Kalshi a récemment dépassé les 17 milliards de dollars, contre environ 5 milliards un an plus tôt, soit une multiplication par plus de trois en douze mois.
Bernstein Research estime le volume mensuel de Kalshi en mai 2026 à 17,9 milliards de dollars, contre 7,1 milliards pour Polymarket, conférant à Kalshi une part de marché de 57 % contre 22,7 % pour son concurrent. Sur une base annualisée, le volume de transactions de Kalshi a atteint environ 178 milliards de dollars en avril 2026.
La Coupe du Monde 2026 constitue un accélérateur majeur à court terme. DeFi Rate estime que les Américains échangeront plus de 2,5 milliards de dollars sur les marchés de prédiction pour cet événement, dont 1,47 milliard sur Kalshi selon le scénario de base.
Bernstein a qualifié le tournoi de « moment charnière » pour le secteur. Un tel événement de volume aide à justifier des discussions de financement basées sur le momentum, mais il concentre également les revenus à court terme dans une fenêtre qui se referme au coup de sifflet final.
Les marchés de Polymarket pour la Coupe du Monde ont suscité des doutes quant à leur intégrité et leur liquidité, un facteur qui renforce l’argument de différenciation réglementaire de Kalshi.
La série F de mai 2026, une levée de 1 milliard de dollars impliquant Coatue Management, Sequoia Capital, Andreessen Horowitz, Morgan Stanley et ARK Invest, valorisait l’entreprise à 22 milliards de dollars. L’objectif actuel de 40 milliards, s’il se concrétise au troisième trimestre 2026, représenterait un quasi-doublement en quelques semaines.
Avec environ 2 milliards de dollars de revenus annualisés, ce chiffre de 40 milliards implique un multiple de revenu d’environ 20x. Comme l’a noté Finimize, cela « évalue la société davantage comme une infrastructure boursière que comme une application grand public ».

(SOURCE: Kalshi)
Scénarios pour la valorisation : Bull, Base et Bear
Scénario optimiste (Bull case) : La Cour suprême confirme la prééminence de la CFTC, les contrats sportifs de Kalshi restent intacts, le volume de la Coupe du Monde 2026 pousse les chiffres mensuels au-delà de 20 milliards de dollars, et l’entreprise réalise une IPO à des multiples d’infrastructure dépassant largement les 40 milliards du marché privé. L’écart avec Polymarket se creuse à mesure que le capital institutionnel se consolide sur la plateforme régulée.
Scénario de base (Base case) : Les batailles juridiques s’étirent jusqu’en 2027 sans décision définitive, le volume se modère après la Coupe du Monde, et Kalshi boucle son tour de table à près de 40 milliards de dollars grâce à son rempart réglementaire, tout en opérant dans une zone grise où les risques d’exécution au niveau des États subsistent.
Scénario pessimiste (Bear case) : Une décision de justice fédérale restreint la compétence de la CFTC, forçant Kalshi à restructurer ses contrats sportifs. Le volume mensuel chute brutalement après le pic de la Coupe du Monde, les revenus annualisés tombent bien en dessous de 2 milliards de dollars, et le multiple de 20x apparaît alors comme un pari risqué ayant mal anticipé l’issue réglementaire.
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