À seulement 13 jours de l’échéance fixée par le règlement MiCA au sein de l’Union européenne, BitGo a dévoilé une solution de conformité qui pourrait permettre à de nombreuses entreprises crypto, dont Binance, de continuer à opérer légalement sur le Vieux Continent.

Selon les données du cabinet d’avocats Hogan Lovells, la situation est critique : on ne dénombre actuellement que 194 prestataires de services sur actifs numériques (CASP) autorisés, sur plus de 3 000 entreprises enregistrées avant l’entrée en vigueur de MiCA.

Binance a déposé une demande de licence MiCA paneuropéenne via la Commission hellénique du marché des capitaux (HCMC) en Grèce en janvier 2026. Cependant, un rapport de Reuters laisse entendre que cette demande pourrait être rejetée. De son côté, Binance a affirmé que la HCMC avait jugé le dossier conforme, tandis que l’ESMA (Autorité européenne des marchés financiers) est également en train de l’examiner.

Bien qu’aucun accord officiel avec BitGo n’ait été confirmé, une question se pose : en cas d’échec de sa licence, un arrangement en marque blanche avec un dépositaire régulé par la BaFin pourrait-il offrir une issue légale au géant des échanges ?

L’offre concrète de BitGo : le « Crypto-as-a-Service »

BitGo Europe GmbH a obtenu sa licence MiCA auprès de la BaFin, l’autorité fédérale allemande de supervision financière, en mai 2025. Cette licence couvrait initialement la conservation, l’administration et le transfert d’actifs crypto. En septembre 2025, une extension a ajouté les services de trading réglementés, permettant des opérations bénéficiant du « passeport européen » dans les 30 pays de l’Espace économique européen (EEE).

C’est précisément ce passeport réglementaire que BitGo monétise aujourd’hui via un produit baptisé « Crypto-as-a-Service ». Le concept s’apparente à celui d’une cuisine en franchise : une entreprise ne possédant pas sa propre autorisation CASP peut connecter sa base de clients à l’infrastructure déjà licenciée de BitGo.

Concrètement, les portefeuilles des clients migrent vers des sous-comptes BitGo détenus dans un stockage ségrégué. L’entreprise partenaire conserve la relation client, assure le support et gère sa propre couche de produits, tandis que BitGo agit en coulisses en tant qu’entité réglementée responsable.

Mike Belshe, PDG de BitGo, a détaillé ce fonctionnement : « Tous vos clients peuvent être intégrés et disposer de sous-comptes au sein de BitGo. Ils restent vos clients : vous les aidez pour le support et tous les services. Nous ne gérons rien de tout cela. Mais ils sont désormais dans un stockage sécurisé et ségrégué, conforme à MiCA. Vous pouvez ainsi poursuivre vos activités. » Cette plateforme est présentée comme un pont temporaire et non un substitut définitif, permettant aux firmes de poursuivre parallèlement leurs propres démarches d’obtention de licence CASP.

Côté tarifs, Mike Belshe a indiqué que l’offre débute à « quelques milliers de dollars par mois » au minimum, évoluant selon le volume. Les clients peuvent choisir entre des forfaits variables (frais par transaction) ou statiques (frais mensuels fixes avec coûts de transaction réduits). Il a également confirmé que les régulateurs sont informés de l’existence de cette offre.

Une menace réelle pour le marché européen

L’échéance MiCA du 1er juillet 2026 n’est pas une simple recommandation. L’ESMA a été claire : les entreprises dont les demandes sont en attente devront commencer à organiser la migration ou la clôture des comptes clients si elles ne sont pas autorisées à cette date.

En France, l’AMF a prévenu que la fourniture de services crypto sans licence après le 1er juillet pourrait constituer une infraction pénale. En Allemagne, la BaFin a fixé au 30 juin la date limite pour finaliser les processus d’octroi de licences.

Hogan Lovells estime qu’environ 75 % des entreprises enregistrées avant MiCA perdront leur statut à l’expiration des périodes de transition. Ce chiffre est cohérent avec une base européenne qui comptait, par exemple, plus de 1 400 entreprises enregistrées rien qu’en Pologne en 2024.

L’écart entre les 194 CASP autorisés et les plus de 3 000 entreprises enregistrées témoigne d’une consolidation structurelle majeure en cours. Pour les petits opérateurs, le coût d’une erreur de conformité est existentiel, comme l’ont montré les fermetures forcées d’échanges sous la pression réglementaire aux États-Unis.

Pour les avocats spécialisés, trois voies de survie se dessinent : obtenir l’autorisation, cesser de servir les clients de l’UE, ou s’associer à un CASP déjà licencié capable de proposer des services en marque blanche. BitGo se positionne directement sur cette troisième option, transformant l’échéance de juillet 2026 en un véritable filtre de marché.

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Martin Pelletier
Martin Pelletier
Journaliste Expert en Web3

Journaliste et analyste spécialisé dans les crypto-monnaies et la blockchain, Martin Pelletier explore les dynamiques du Web3 et des nouvelles technologies financières depuis 2019. Fort d’une expérience dans la finance traditionnelle, il s’est tourné vers le monde des actifs numériques... Lire la suite

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