Des yachts, de l’or, du whisky et des NFT de luxe. Ce cocktail de promesses faciles séduisait les investisseurs en quête de gains rapides. Sauf que tout cela n’existait pas. Après des mois d’enquête, la Guardia Civil a arrêté à Madrid un Espagnol connu sous le pseudonyme de CryptoSpain, accusé d’avoir monté un réseau d’escroquerie internationale de plus de 260 millions d’euros.
Derrière le décor clinquant du Madeira Invest Club, il n’y avait qu’un vide bien organisé.
Le rêve doré du Madeira Invest Club
Le projet est né début 2023. Sous le nom Madeira Invest Club, l’homme promettait des rendements fixes sur des actifs prestigieux. Il se présentait comme un club d’investissement privé réservé à quelques privilégiés. En pratique, il visait tout le monde. Les campagnes sur les réseaux mettaient en avant l’idée d’un placement sûr, garanti, avec rachat automatique des produits à échéance.
Certains croyaient investir dans l’or, d’autres dans des véhicules de collection, des montres ou du whisky rare. Et pour les amateurs de technologie, il y avait même des œuvres d’art numériques censées être rachetées à prix majoré.
Le concept paraissait crédible, presque rassurant. Les contrats étaient bien présentés, les communications pleines de jargon financier et les premiers paiements arrivaient à temps. Puis la machine s’est emballée. Plus de trois mille investisseurs ont rejoint le programme, convaincus de participer à une opportunité d’élite. Ainsi, en moins d’un an, plus de 260 millions d’euros ont été collectés. La Guardia Civil l’a confirmé, aucune activité économique réelle n’existait derrière ces contrats.
🚨💣 CRYPTO BOMB IN SPAIN 💣🚨
Álvaro Romillo, the entrepreneur behind Madeira Invest Club has been sent to pre-trial detention for a massive €260M crypto pyramid scheme.
🔒 Secret account in Singapore with €29M
👥 Over 3,000 victims
⚖️ High flight risk confirmed #BTC pic.twitter.com/01PuNvZJSh— LordSnake75 (@criptoworlduser) November 8, 2025
La pyramide derrière les yachts
L’opération PONEI a révélé un réseau sophistiqué de sociétés écrans et de comptes bancaires disséminés dans une dizaine de pays. Les flux passaient entre l’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni, la Belgique, la République dominicaine, l’Albanie, la Malaisie, la Thaïlande, Hong Kong et les États-Unis.
Tout cela formait un maillage opaque destiné à faire circuler l’argent des victimes sans laisser de trace claire. C’est à Singapour qu’un compte de 29 millions d’euros a finalement attiré l’attention des enquêteurs, marquant le tournant de l’enquête.
Ainsi, la Guardia Civil, épaulée par Europol, le Homeland Security des États-Unis, la Singapore Police Force et la Royal Malaysia Police, a fini par boucler le dossier. Les agents ont confirmé que les contrats proposés par le Madeira Invest Club étaient prétendument adossés à des œuvres d’art numériques avec rachat garanti, sans activité économique réelle derrière.
L’argent des nouveaux entrants servait uniquement à payer les premiers, classique mécanique d’un Ponzi maquillé en luxe. Le 7 novembre, le juge de l’Audiencia Nacional a ordonné la prison provisoire du suspect en raison d’un risque de fuite.
Le tribunal central numéro quatre de l’Audiencia Nacional gère désormais l’affaire. Sous la supervision directe de la Fiscalía Anticorrupción. C’est cette unité de la Guardia Civil, la UCO, qui a conduit l’opération et coordonné les échanges entre les différentes juridictions.
Quand la politique s’invite dans la fraude
Certains médias espagnols ont évoqué un possible lien financier entre le réseau du Madeira Invest Club et le financement d’un candidat européen. Rien n’est confirmé à ce stade, mais l’hypothèse a suffi à déclencher une vague d’indignation sur les réseaux. De plus, dans les groupes Telegram d’investisseurs lésés, les échanges oscillent entre colère et déni. Beaucoup refusent encore de croire que l’homme qui se présentait comme le banquier des cryptos espagnoles ait pu tout inventer.
Pour la Guardia Civil, la priorité reste la localisation des fonds manquants. Plusieurs comptes sont déjà saisis, mais la récupération intégrale paraît peu probable. Autrement dit, la structure de blanchiment était trop vaste, les transferts trop nombreux. Si bien que les enquêteurs estiment que seule une fraction des avoirs pourra être restituée. Pendant ce temps, la justice espagnole prépare un acte d’accusation pour fraude aggravée, blanchiment et appartenance à une organisation criminelle.
Et maintenant que la pyramide s’effondre
En fin de compte, les victimes attendent encore. Certaines avaient misé leurs économies, d’autres avaient simplement cru à un projet bien emballé. L’arrestation de CryptoSpain change peu de choses pour l’instant, sinon le goût amer d’une illusion partagée.
On se dit que cette fois, les gens retiendront la leçon. Puis, on regarde les réseaux, et on voit déjà d’autres promesses circuler… Finalement, rien n’est jamais vraiment terminé.
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