La nouvelle a secoué l’Iran avant de traverser les frontières. Ayandeh Bank, un mastodonte du secteur privé avec plus de 270 agences, a été dissoute. Plus de cinq milliards de dollars de pertes et près de trois milliards de dettes. Des millions de clients désormais transférés de force vers Bank Melli, l’établissement public.
Pour un pays déjà étouffé par les sanctions, cette banqueroute sonne comme une répétition de crise. Mais derrière le chaos comptable, un vieux symbole refait surface. Celui d’un système qui craque sous son propre poids.
Le fantôme du bloc de genèse
Il y a quinze ans, un certain Satoshi Nakamoto glissait dans le premier bloc de Bitcoin un message sur les sauvetages bancaires britanniques. En 2025, l’écho résonne à Téhéran. Les banques qui prêtent à elles-mêmes, qui misent l’argent des épargnants sur des projets immobiliers et qui finissent secourues par l’État. Même scénario, autre décor.
Ayandeh Bank n’a pas coulé sur un coup du sort. Les rapports locaux parlent de prêts à des entités liées, d’investissements risqués comme le gigantesque Iran Mall et d’un capital négatif depuis des années. Le tout maquillé par des taux d’intérêt hors norme pour attirer les dépôts. La Banque centrale a tenté une perfusion avant de jeter l’éponge.
Et pendant que les guichets fermaient, sur les réseaux iraniens, un mot revenait sans cesse. Bitcoin. Non pas comme promesse d’enrichissement, mais comme refuge face à la fragilité des banques. En mars 2023 déjà, quand Silicon Valley Bank et Signature Bank s’étaient effondrées, le BTC avait bondi de dix mille dollars en quelques semaines. À chaque crise bancaire, la même mécanique, la confiance se déplace.
Iran's economy is continuing to collapse due to the regime's corruption and mismanagement.
The Central Bank has dissolved Ayandeh Bank, once one of Iran’s largest private banks, at the behest of the Islamic Republic and ordered its merger into the state-owned Bank Melli.🧵 pic.twitter.com/AHnG7Ma04Z
— National Union for Democracy in Iran (@NUFDIran) October 23, 2025
En Iran, la crypto devient une soupape
Sous sanctions internationales, le pays n’a plus accès au système SWIFT ni aux transactions en dollar. Depuis 2022, le gouvernement autorise les règlements d’importations en crypto. Les entreprises publiques et privées y voient un moyen de contourner les blocages. Les mineurs locaux échangent leurs bitcoins contre des biens essentiels et une partie de la population s’y tourne pour protéger ses économies.
Quand les rials fondent et que les banques limitent les retraits, posséder quelques satoshis devient une assurance. Nobitex, le plus grand exchange iranien, reste la principale porte d’entrée vers le Web3 local malgré un piratage d’environ 90 millions de dollars en juin. Ce canal parallèle s’est imposé comme une soupape dans un pays où la défiance bancaire grandit.
Remplacer la confiance dans la banque par la confiance dans le code. Un retour à la promesse originelle de la crypto, presque oubliée sous les bull runs et les memes.
La méfiance dépasse les frontières
Ce serait une erreur de voir dans l’Iran un cas isolé. Aux États-Unis, les banques régionales montrent encore des signes de stress selon Morningstar. En Europe, les ratios de solvabilité sont scrutés au millimètre. Partout, la confiance se délite. Chaque communiqué de banque centrale apaise quelques jours, puis les doutes reviennent.
Ce climat nourrit l’idée d’un système financier parallèle, où la valeur circule sans permission. Les stablecoins USDT et USDC deviennent l’équivalent digital du billet vert dans les pays où les devises s’effondrent. Derrière cette bascule se dessine un changement culturel. La possession directe redevient une forme de sécurité. Plus besoin d’intermédiaire pour tenir son argent, seulement d’une clé privée et d’un minimum de vigilance.
Au-delà de la technologie, c’est une question psychologique. Qui mérite encore notre confiance. Les gouvernements répètent que les dépôts sont garantis. Mais on l’a vu en Iran, en 2023 aux États-Unis ou même à Chypre il y a dix ans, les garanties tiennent jusqu’au jour où elles ne tiennent plus.
Le nerf reste la confiance
Ce qui s’est passé à Téhéran dépasse les chiffres. C’est un rappel brutal que la monnaie repose d’abord sur la foi collective. Quand cette foi se fissure, tout l’édifice tremble. Bitcoin n’efface pas les crises, mais il leur donne un miroir. Celui d’un monde qui veut reprendre le contrôle de sa valeur.
La suite dépendra des choix individuels, entre institutions bancaires fatiguées et technologies encore imparfaites. L’histoire hésite entre deux voies. Et pour être honnête, rien ne dit que la leçon d’Ayandeh Bank sera vraiment retenue.
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